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Faut-il payer ses employés dans une startup ?

Article de Stéphane Castellani —–Chers lecteurs/lectrices Business Angel France, je vous pose aujourd’hui cette question : « Devons-nous, créateurs d’entreprise, payer nos employés ? »Jeune créateur d’entreprise, vous vous dites sans doute que votre trésorerie est short (voir même très short) et que recruter est un luxe que vous ne pouvez vous permettre. D’un autre côté, vous vous rendez déjà compte que tout seul, vous êtes très limité et que sans aide extérieure vous allez vite ne plus pouvoir dormir tellement il y a de choses à faire. Vous allez donc tôt ou tard aboutir à la conclusion qu’il faut embaucher.Il existe alors plusieurs écoles :1. « Je vais chercher un associé. » – Avantage : un associé est une personne très impliquée dans l’entreprise et qui sait ne pas se payer (ou peu se payer) pendant longtemps. – Inconvénient : la prise de risque est souvent prise à l’initiative d’un projet mais une fois le projet lancé, il devient difficile de convaincre un associé de vous rejoindre et de le fédérer au projet (car en toute logique vous n’allez probablement pas lui laisser une grosse partie de votre capital). Et si vous y arrivez, faites bien attention que vous ne vous trompez pas (une fois les parts de votre société octroyées, vous ne pourrez plus lui reprendre si facilement).2. « Je vais prendre des stagiaires » – Avantage : un stagiaire ne coûte pas grand chose (au delà de 2 mois de stage, vous devez le payer le tiers du smic, c’est à dire 417.09€/mois + indemnités de transport). – Inconvénient : il ne faut pas oublier qu’un stage reste un stage : l’étudiant ne sait souvent pas grand chose (voir rien) du monde de l’entreprise et doit être bien encadré pour apprendre son métier et bien comprendre vos attentes. Et n’oubliez pas : signer une convention de stage vous donne aussi des devoirs : si le stagiaire n’est pas bon, vous ne pourrez rompre la convention de stage que sous de très bons prétextes (pensez à l’étudiant qui doit valider son stage pour ses études). Enfin, un stagiaire n’étant là que pour une durée déterminée, il est rare qu’il s’identifie pleinement à l’entreprise.3. « Je vais trouver un petit jeune qui sort d’école et pas cher » – Avantage: il existe effectivement de nombreux étudiants doués qui terminent leurs études. L’idée est de les attirer par les perspectives d’évolution rapide et leur faire vivre une belle aventure qui leur apportera aussi une belle ligne sur le CV (plutôt que d’avoir été noyé dans l’organisation d’un département d’une grosse entreprise). – Inconvénient: Le trouver n’est pas si compliqué mais le plus difficile à mon sens est de les convaincre de venir vous rejoindre dans des conditions financières peu attrayantes : salaire souvent en dessous du marché, pas de RTT, des horaires chargés, un contexte d’entreprise peu structuré, de fortes exigences. Si l’idée vous vient de vouloir l’intéresser par des stocks options, tenez bien vos engagements (car une personne dupée n’est  naturellement plus motivée) et je vous mets en garde sur les frais d’avocat importants et la paperasse pour monter un programme de stock options dans l’entreprise.3. « Je casse ma tirelire et j’embauche un profil expérimenté. » – Avantage: vous aurez affaire à une personne autonome qui a déjà travaillé dans une ou plusieurs entreprises avant de vous rejoindre et qui aura acquis du savoir faire méthodologique, de l’expertise, de la modération dans son jugement. – Inconvénient: ce genre de profil coûte très cher pour une startup et il ne faut pas vous tromper dans le recrutement sous peine de couler votre boîte. Par ailleurs, s’il a une vie familiale, il sera naturellement moins enclin à travailler tard le soir et le week-end.Pour conclure, je dirais qu’il faut adopter les choix qui s’adaptent le mieux à vos objectifs. Les ressources humaines sont un vaste sujet qu’il est ardu de bien gérer en tant que créateur d’entreprise car chaque erreur peut être fatale à l’entreprise. Essayez de vous entourer et de vous faire conseiller par des spécialistes si vous décidez d’embaucher du personnel expérimenté. Le coût de l’accompagnement par un coach en RH (ou un cabinet sérieux de recrutement) réduira le risque d’une mauvais recrue.

21 Réponses à Faut-il payer ses employés dans une startup ?

  1. Sylvain Lepoutre 16 septembre 2011 at 3:39 #

    Merci pour ce tour des possibilités. J’aurai donc plus d’options que ce que je pensais 😉

  2. Thibault 16 septembre 2011 at 10:34 #

    « s’il a une vie familiale, il sera naturellement moins enclin à travailler tard le soir et le week-end »

    Je souris ironiquement face à une conception de l’entreprise un peu désuette.

    Un employeur qui demande à ses employés (ou qui le fait lui même) de bosser soirs et week-end, c’est un employeur qui n’a pas compris que produire un travail intellectuel de qualité nécessite du repos, de l’ouverture d’esprit et de la créativité, que l’on ne peut puiser que dans des activités extra-professionnelles.

    Si une entreprise ne peut pas décoller sans que ses employés (que l’auteur de l’article assimile peu ou prou à des esclaves, semble-t-il) ne bossent nuit et jour semaine et week-end, c’est peut-être qu’il faut revoir son business-model ?

  3. stef_looknbe 16 septembre 2011 at 15:29 #

    Cher Thibault,
    Merci pour votre commentaire. Toutefois, je ne suis pas d’accord avec votre remarque pour les deux raisons suivantes:
    1. Il n’est pas question de demander ou exiger de ses employés qu’ils bossent tard le soir ou le week-end mais bien de recruter du personnel qui a bien compris que rejoindre une startup exige énormément de sacrifices et d’investissement personnel.
    2. Vous tombez dans l’excès en considérant mon propos comme un régime de croisière.
    J’ai lu votre blog de développeur freelance et l’aime bien. Je pense aussi qu’il faut bien garder en tête que créer une boîte n’a ni les mêmes contraintes ni les même exigences que travailler en freelance.

  4. Cédric Labeau 16 septembre 2011 at 16:21 #

    Je rejoins l’avis de Stéphane. Le fait d’avoir une vie familiale donne moins de flexibilité dans le temps de travail. C’est un fait à prendre en considération autant pour l’employeur que l’employé.
    Je ne vois en quoi le fait de devoir beaucoup travailler supposerait un business model inefficace. C’est le lot de beaucoup d’entrepreneurs notamment pour une jeune entreprise disposant de fonds limités.
    Le temps est un facteur important pour la réussite d’une startup, d’autant plus pour s’implanter sur un nouveau marché et établir une chaine de valeur efficace afin de barrer la route face aux nouveaux arrivants.

  5. Troll 16 septembre 2011 at 18:02 #

    Je propose de chercher le clochard du quartier en plein hiver, lui proposer un bureau avec chauffage et le faire bosser à gratis 🙂
    Je pense qu’il sera content … Même vous pouvez lui offrir un douche 🙂

  6. hannedouche 17 septembre 2011 at 6:29 #

    Bonjour et vive le débat.
    Je continuerai sur le ton de l’humour en assimilant de nombreux créateurs de startup au « clochard » que vous décrivez. Pas de bureau, pas de salaire…
    Plus sérieusement, je reconnais bien volontiers qu’un collaborateur de startup ne doit pas être dans cette situation de précarité…même si c’est le cas de son patron.
    Cordialement.
    Patrick

  7. Andea 17 septembre 2011 at 17:40 #

    Est ce que devoir embaucher un profil qualifié ce n’est pas reconnaitre soi-même qu’on a pas les qualités requises pour monter son projet ? Quant à l’excuse du patron clochard qui n’a pas les moyens de payer ses salariés, ça me fait doucement rigoler.

    Bref, s’il faut faire autant de sacrifices pour se payer un costume de croque-mort, je ne vois pas vraiment l’intérêt.

  8. JB Demonte 17 septembre 2011 at 19:02 #

    Pour avoir vécu cette expérience, voici l’option choisie par mes boss,

    Ils étaient 3 associés, donc assez à priori pour supporter d’embaucher au fur et à mesure,
    Tout juste diplômé d’une école d’ingé, j’ai été embauché chez digitick a 30ke. J’étais alors le second employé.
    Ils ont focaliser sur les développeurs puis ont recrutés un graphiste puis tous les autres poste au fur et à mesure,
    La start-up a vite grandie.
    Donc un mix entre ces options 🙂

  9. JB Demonte 17 septembre 2011 at 19:22 #

    Ah oui, j’oubliais : les horaires étaient évidemment très flexibles 😉
    On a perdu beaucoup de point de vie 🙂

  10. Stéphane Castellani 18 septembre 2011 at 9:08 #

    @Andea : merci pour votre commentaire. Monter une boîte est en effet plein de sacrifices personnels, très loin de l’image d’épinal du patron qui s’en met plein les poches.
    La règle d’or est la suivante : « Le créateur d’entreprise est le dernier à se payer (bien après ses salariés) et le premier à ne plus se payer quand la situation devient tendue ».

  11. Pascal Magat 18 septembre 2011 at 9:39 #

    Confronté à la nécessité impérative de l’embauche d’un collaborateur commercial, je suis en train de voir du côté des cabinets de recrutement. En parlant au tel avec deux cabinets, j’ai déjà bien dégrossi mon projet d’embauche. Je pense que je vais utiliser leurs services malgré le fait que cela soit onéreux, mais on a rien sans rien.

    J’ai un peu réduit mon activité au bout d’un an : de 18 heures je suis passé à 15 heures / jour ! ;=)

  12. COSTET 3 octobre 2011 at 9:15 #

    Bonjour à tous,

    J’y vais de mon petit commentaire aussi.
    J’ai créé mon entreprise il y a 12 ans et je l’ai cédée au tribunal de commerce en juillet 2010. (et sauvé tous les emplois).
    J’ai essayé toutes les méthodes.
    La plus dangereuse et celle qui a coûté l’arrêt de la structure a été de créer des emplois.
    Malheureusement, il s’avère que le plus gros risque, en France est d’embaucher un salarié. Je me tournerais aujourd’hui sur de la sous-traitance bien calculée en priorité et l’embauche uniquement dans l’absolue nécessité. Mais ce choix est certainement légèrement biaisé par la douloureuse aventure.
    Le plus important au final est surtout de privilégier les choses utiles et simple dans son business plan… si on dégage beaucoup de marge on évite tous les problèmes et les nuits blanches!
    Cordialement

  13. Laetitia Garcin 4 octobre 2011 at 6:57 #

    « s’il a une vie familiale, il sera naturellement moins enclin à travailler tard le soir et le week-end »

    Les employes qui travaillent beaucoup d’heures sont souvent les moins efficaces. Vous pouvez embaucher des juniors qui travaillent beaucoup d’heures si vous le voulez mais niveau productivite, bon courage, et niveau maturite professionelle n’en parlons pas.

  14. Mike 12 octobre 2011 at 8:49 #

    @COSTET : un commentaire très utile

    Moi aussi, après avoir sauvé la boîte de justesse et souffert de ne pas pouvoir licencier rapidement (imaginez 4 ou 5 mois de salaire à payer pour des gens qui ne font plus rien car ils savent qu’ils vont partir !!!), je ne suis pas prêt à re-signer un CDI de sitôt !!!

    J’essayerai tout : associé, consultant, sous-traitant, auto-entrepreneur… etc… voire même CDD s’il le faut, mais plus de CDI pour une start-up en France !! Il faut être fou !!!

  15. hannedouche 18 décembre 2011 at 11:03 #

    Bonjour,
    A la suite de cet article, je vous laisse lire « Startup : comment recruter son premier salarié ? » sur https://www.patrick-hannedouche.fr/startup-comment-recruter-son-premier-employe/
    Cordialement.
    Patrick

  16. Gaelle 19 décembre 2011 at 7:18 #

    je porte plusieurs consultants qui travaillent pour des startup.
    cela diminue effectivement le risque pour la start up. Et cela lui permet de « s’offrir » un profil expérimenté, parfois à temps partiel…cela permet aussi de travailler ensemble avant de finaliser une association par exemple.

  17. Pascal Magat 19 décembre 2011 at 9:12 #

    Gaelle, je suis intéressé. des infos? des contacts pour des consultants ?

  18. fred 18 février 2012 at 1:34 #

    « Les employes qui travaillent beaucoup d’heures sont souvent les moins efficaces. » !!!
    Entre 5 heures et 15 heures par jour, il y a beaucoup de marge. A 15 heures/j je veux bien croire que l’on perd vite ses moyens. A 5 heures, je ne pense pas que l’on soit très motivé à ce qu’on fait…

    Et en revenir au salaire des employés. Tout n’est pas que question d’argent. De la motivation et de la reconnaissance feront beaucoup mieux qu’une prime.

  19. bastien 13 mars 2012 at 11:39 #

    Bonjour,

    Ca ne me fait pas avancer mais je suis rassuré de voir que la question est difficile pour tt le monde. En recherche d’un associé et ne connaissant personne dans mon entourage direct, je trouve que le plus dur est de trouver des personnes avec qui nous partageons une véritable affinité (philosophie presque), qui va plus loin que les compétences.

    S’associer peut etre lourd de conséquences et les différentes histoires que j’ai pu avoir autour de moi me font bcp réfléchir.

    L’implication de l’autre, par exemple, est difficile à appréhender, surtout quand on est pas au moment de la situation délicate que la plupart des entreprises rencontrent à un moment ou un autre.

  20. hannedouche 13 mars 2012 at 12:00 #

    Bastien,
    J’ai regardé vite fait votre site. Si mon offre « Le garage des startups » décrite sur les objectifs d’un business angel entrepreneur, just tell me !
    Avec tous mes vœux de réussite.
    Cordialement.
    Patrick

  21. Sood 7 février 2013 at 18:13 #

    « Par ailleurs, s’il a une vie familiale, il sera naturellement moins enclin à travailler tard le soir et le week-end. »

    Donc une start-up à terme va devenir une SSII?

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