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Profitez du vécu d’un créateur d’entreprise pour gagner du temps et de l’argent

Voici donc le témoignage de Philip Bianchi, co-créateur de Proximis.

Présentation de Philip

A l’issue d’une première expérience internationale dans un grand groupe de luxe, j’ai compris que je ne m’épanouirai pas dans une grosse structure. Dès lors, j’ai participé au lancement d’une première startup dans l’informatique mobile (2002 – 2005), de la feuille blanche aux premiers clients, jusqu’à l’entrée d’investisseurs, avant de cofonder une société de services dédiée aux éditeurs et aux SSII (2005 – 2008). En 2008, persuadé qu’internet allait profondément modifier la manière dont on achète, non pas en ligne, mais localement, à côté de chez soi, je cofonde Proximis. Spécialistes du Web to Store, nous aidons les marques et les enseignes à intégrer leurs magasins dans le business initié depuis internet.Responsable de la gestion et du développement stratégique de la société, j’ai répondu à la demande de Patrick Hannedouche pour contribuer ponctuellement à son blog dont j’apprécie particulièrement la ligne éditoriale.

Et voici l’article

Quand on créée son entreprise il vaut mieux avoir à l’esprit que le chemin va être long et semé d’embûches. Si rien ne permet de deviner précisément à l’avance les difficultés auxquelles on sera confronté, il est toujours possible de prendre un certain nombre de dispositions au départ qui permettent de contourner beaucoup de problèmes en cours de route.Voici quelques dispositions que nous avons prises ou que nous prendrions si c’était à refaire :– Prévoyez 3 fois plus d’argent que vous ne le pensiez (apport numéraire de départ et au cours des premières années) : ne pas seulement tenir compte de l’apport initial (capital social) mais prévoir de tripler ce montant dans les premières années (augmentation de capital, apport en compte courant…). Trois raisons à cela : dépenses mal estimées (surtout s’il y a du développement à financer), problème ponctuel de trésorerie (il faut ramener rapidement 8000 EUR en attendant le paiement de vos clients… problème qui peut également être géré avec votre banquier), enfin vous devez augmenter vos fonds propres pour obtenir une aide/subvention/avance souvent limitée à la hauteur de vos fonds propres (ex : Oséo… ) et vous ne l’aviez pas anticipé.– Assurez-vous de pouvoir tenir 3 ans sans un rond (économies personnelles) : selon l’activité ce sera plus ou moins long avant de pouvoir se dégager un salaire. Si votre activité suppose un certain temps de développement ou de marketing avant de possibles retombées (site web B to C, logiciel B to B…), comptez 24 mois à 36 mois sans vous payer (12 mois pour finaliser une version beta du produit et 1 à 2 ans pour le lancer). Vos premiers clients/utilisateurs vont engendrer un ou plusieurs recrutements, ne prévoyez donc pas de vous rémunérer beaucoup plus qu’un SMIC pendant 1 an, le temps de bien servir les « early adopters » de votre solution/produit/service et de construire votre matelas de commandes pour l’année suivante. Vous l’aurez compris, il ne faut pas voir trop juste et ne pas mettre en jeu toutes ses économies.– Ne partez pas seul ! (équipe) : c’est déjà tellement difficile à plusieurs qu’il faut éviter de partir avec un handicap de départ. Entourez-vous de personnes complémentaires et de préférence que vous connaissez bien. Si votre activité implique du développement, associez- vous (entre autre) avec un bon développeur, l’entreprise sera gagnante à tout point de vue (coûts de développement, réactivité dans le développement, trésorerie, qualité de service au client…). Il vaut mieux créer l’équipe au départ pour les bonnes raisons, qu’en cours de route et dans l’urgence. Si on ne peut s’assurer que les associés auront toujours la même vision, assurez-vous au moins que tous partagent la même motivation (liberté, innovation, goût du challenge, passion créatrice…). Bien s’entourer c’est l’assurance d’aller plus vite, plus loin et souvent de durer dans le temps. Les échecs précoces sont souvent liés à l’incapacité de remettre l’idée de départ en question (à plusieurs c’est plus difficile de se voiler la face), à un manque d’énergie dans le temps, et à un manque de ressources humaines et financières pour continuer le projet. L’aventure en équipe résout en grande partie ces 3 facteurs de risque.– Ne pensez pas à la place de vos clients/utilisateurs (tester rapidement son marché) : on a tendance à vouloir faire les choses trop bien, notamment dans la finalisation de son produit/site web avant de le lancer. Souvent d’ailleurs on prend des semaines de retard parce que le résultat n’est pas tout à fait comme on l’avait imaginé. Tout ça c’est de mon point de vue (aujourd’hui avec du recul) de la perte de temps et d’argent. Le plus tôt vous vous frotterez à votre marché, le mieux ce sera. En B to B, il est inutile par exemple d’avoir fini le développement de son produit pour le vendre. La prospection et les premiers rendez-vous permettent de révéler ce qu’aucune étude de marché sur des produits/services nouveaux ne permet de savoir : quels sont les réels besoins et motivations de mon client ? est-ce que mon produit y répond ? est-il prêt à l’acheter ? à quel prix ? Il est conseillé d’avoir réponse à ces questions avant d’avoir surinvesti sur la conception de son produit/service et pour concentrer les efforts sur ce qui importe réellement au client. Autre exemple, le lancement d’un site en B to C. Pourquoi vouloir peaufiner un superbe back-office utilisateur avec des fonctionnalités abouties, alors qu’on ne sait même pas si le service du site va être utilisé ? Ne serait-il pas plus judicieux de lancer rapidement une V1 limitée mais claire dans le service proposé et de continuer sur sa V2 en tenant compte des 1ers retours ? Souvent les premiers retours sont révélateurs et changent en profondeur les développements techniques en cours. A notre échelle, si nous avions appliqué cette recette dès le début, nous aurions gagné 6 mois de travail pré-lancement et économisé environ 30% des dépenses liées aux développements techniques de la première année.– Sollicitez votre entourage (famille/amis) : que ce soit pour du conseil, un coup de main ponctuel ou du soutien moral, ne sous-estimez pas l’appui de votre entourage. Souvent trop peu sollicité (on ne veut pas les embêter, ils ne comprennent pas ce qu’on fait, etc.), l’entourage a souvent un regard à la fois critique et objectif sur votre projet, que les associés entre eux, la tête dans le guidon, ont du mal à avoir. Discuter régulièrement avec les mêmes personnes, extérieures au projet, mais qui en comprendront l’évolution, permet de murir le projet en cours de route et de l’adapter sur d’autres bases que les siennes. J’en profite pour remercier chaleureusement mon ami Alain avec qui j’ai aimé partager sur le projet à chaque fois qu’on foulait le bitume ensemble et qui m’a aidé à le faire évoluer. Merci à Valérie pour sa franchise et le temps qu’elle a consacré au projet. Et aussi merci à ma compagne qui m’a toujours écouté et soutenu sans jamais me manifester d’impatience ni d’ennui.– Maîtrisez les mécanismes d’aides publiques (aides financières) : avant le départ (immatriculation de la société) prenez le temps de comprendre ce à quoi vous pouvez postuler aux différentes étapes de votre projet. Certaines aides importantes ne pourront intervenir avant 2 ans, mais d’autres vous attendent, il suffit de les connaître et de les solliciter au bon moment (pas trop tôt, pas trop tard). Par exemple, pourquoi attendre 2 ans pour demander le statut de Jeune Entreprise Innovante alors que dans la toute première année on fait souvent des investissements de R&D importants ? Dans notre projet nous avons un peu trop attendu, nous aurions pu économiser quelques milliers d’euros d’IS dès notre seconde année en nous y prenant plus tôt. D’autres aides interviennent en revanche avant la création, encore faut-il les anticiper (Région…). Et ne prenez pas pour argent comptant tout ce qu’on vous dira dans les administrations (« ah non vous n’y avez pas droit », « votre dossier arrive trop tard, vous seriez venu avant on aurait pu vous aider… », ), faites-vous votre propre opinion, documentez-vous, insistez et changez d’interlocuteur si nécessaire.– Ne faites pas la fine bouche (premiers euros de CA) : si le démarrage de votre activité est plus long que prévu ou que vous vous avez des doutes sur votre business model mais n’avez pas encore trouvé de solution de replis ou que vous sentez que vous êtes sur le point de prendre du retard sur votre calendrier/business plan… alors faites ce que ferait tout bon père de famille : rentrez de l’argent et vite ! Pour cela, utilisez les compétences de chacun (conseil/ chef de projet, développement web, commercial…) ainsi que votre réseau pour rentrer des projets et du CA le temps de recapitaliser la société et de donner un nouveau souffle à votre projet. Et surtout n’en faites pas une question d’orgueil, ce qui compte c’est le résultat à l’arrivée : est-ce que votre société existera encore dans 12 mois, avec quel projet et quelle équipe ? Si vous avez perdu la moitié de l’équipage faute de moyen vous serez lourdement pénalisé pour la suite. Il faut savoir être souple dans ce type d’aventure. Et pour ne pas être pris de court, prévoyez cette parenthèse entre associés avant d’être peut-être obligé d’ouvrir votre capital.J’espère que ce retour d’expérience pourra être utile à certains et peut être aussi encourager les plus hésitants à entreprendre. C’est pas sorcier !

Les commentaires de Patrick

  • Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais j’ai l’impression qu’un blogueur est né. Donc Philip, c’est quand vous voulez pour un autre billet ! 
  • « En B to B, il est inutile par exemple d’avoir fini le développement de son produit pour le vendre« . Comme je suis d’accord ! Par exemple, chez Juste à temps, j’ai bâti mon offre de services (catalogue, assortiment, livraisons…) grâce à quelques clients pilotes. Et je la fais évoluer tous les jours… 
  • L’être humain a du mal à mettre en pratique les conseils des autres…tant qu’il n’a pas commis les erreurs lui même…comme le dit bien Vanina Delobelle. C’est dommage. Donc, s’il y en a parmi vous qui veulent gagner du temps et de l’argent, appliquez les conseils de Philip (et les miens !).
Cordialement.Patrick

13 Réponses à Profitez du vécu d’un créateur d’entreprise pour gagner du temps et de l’argent

  1. Sylvain Lepoutre 24 novembre 2011 at 20:23 #

    Merci Philip pour ces bons conseils.
    Les partie sur l’entourage, les subventions publiques et surtout la fine bouche sont particulièrement instructives et inspirantes.
    Est-il envisageable d’ailleurs d’avoir une double activité au sein de la même entreprise le temps de faire rentrer de l’argent ? Dans mon exemple, je développe des produits de fontainerie écolo (oui les fontaines, jets d’eau etc… pour les places publiques par exemple). Est-il possible de faire du design de fontaines dans le même temps (assimilé à du service au lieu de produits) ?

    Sylvain

  2. hannedouche 25 novembre 2011 at 8:02 #

    Bonjour Sylvain,
    Concernant votre question « Est-il envisageable d’ailleurs d’avoir une double activité au sein de la même entreprise le temps de faire rentrer de l’argent ? », pour ma part je suis contre. En effet, il convient de ne pas se disperser quand on crée sa boite. Maintenant, il faut aussi savoir faire évoluer son modèle si l’initial n’est pas le bon, ce qui est très fréquent.
    Voila, le débat est lancé.
    Cordialement.
    Patrick

  3. Sylvain Lepoutre 25 novembre 2011 at 9:57 #

    Je comprends. Se disperser implique de sacrifier du temps de développement ou même de recherche de clients. Par ailleurs il doit être difficile de gérer deux casquettes dès la création de l’entreprise.
    Toutefois, si l’argent ne rentre pas d’un côté… peut être faut-il aller le chercher ailleurs ?
    En tous les cas, pas de limitation juridique à pratiquer une activité de services et/ou de produits en même temps ? Peut être est-ce à préciser dans les statuts ou lors de l’enregistrement de la société ?

  4. philip 25 novembre 2011 at 10:01 #

    Bonjour Sylvain,
    Je suis ravi que mon article puisse vous servir. Concernant votre question et à mon humble avis, tout ce qui ne vous éloigne pas de votre marché (client, produit) et qui vous fait avancer/évoluer est bon à faire.
    Cordialement,
    Philip

  5. ennick 1 décembre 2011 at 17:16 #

    Merci pour tous les conseils Phillip je me retrouve dans vos paroles. Et oui Le soutien moral est vraiment très important ! Ce qui m’a surpris au cours de ces deux dernières années, c’est le nombre de personnes perplexes lorsque j’explique que j’ai lancé mon entreprise. Faut être fou n’est ce pas ? Mais plus sérieusement, c’est un parcours semé d’embûches et nous en sommes qu’à la moitié : mais quelle aventure enrichissante! Merci en tout cas pour le partage !

  6. henri b 3 décembre 2011 at 15:24 #

    -> Sylvain
    objectivement dans ton cas (besoin urgent de faire rentrer de l’argent) tu as trois solutions :
    – tu fais rentrer de l’argent sans rien changer a ton activités (investisseurs)
    – tu fais à coté une activité sans rapport avec ton projet, que tu « deconnectes » de ton projet pour garder une certaine credibilité et homogénéité vis a vis de tes clients/prospects.
    – tu elargies ton activité, ne serait ce que ponctuellement, quite à ne pas mettre en avant cette nouvelle activité

    personnellement si tu peux je te conseilles la derniere solution… ca te permet de tester autre chose, mais en restant clair et lisible pour tes clients. pour eux tu offres des services en plus, mais tu restes dans le meme domaine. si cette activité a un grand succes, tu peux l’integrer plus largement dans ton projet d’origine sans tout chambouler…
    la seconde solution risque de te couper de plus en plus de ton projet d’origine, donc de ne pas vraiment le faire avancer. c’est une solution temporaire qui paradoxalement risque de faire durer ta periode difficile…

  7. Sylvain Lepoutre 3 décembre 2011 at 19:52 #

    @Henri,

    Merci pour ces conseils. J’aime bien l’idée d’élargir son activité en proposant du « bonus ». Ça ne décrédibilise pas l’activité d’origine.
    Et évidemment, les investisseurs, c’est la meilleure solution 😉

  8. henri b 3 décembre 2011 at 19:54 #

    les investisseurs c’est aussi une solution qui peut etre vue comme une solution de facilité… 🙂 et ça ne dure qu’un temps… et ça te rajoute une pression de plus… bref je sais pas si c’est vraiment idéal…

  9. Sylvain Lepoutre 3 décembre 2011 at 20:01 #

    La pression n’est pas forcément une mauvaise chose… et puis avoir à faire rentrer de l’argent rapidement est plutôt sain, ça force le développement. Tandis qu’avec une activité connexe, rien n’empêche de prendre tout son temps et peut être s’éloigner de son projet initial.

  10. henri b 3 décembre 2011 at 20:04 #

    oui, finalement ça depend du projet, de son avancement, de la personnalité des gens concernés, etc…

  11. Sylvain Lepoutre 3 décembre 2011 at 20:12 #

    En effet. Il y a autant de cas de d’entreprises… Merci pour la discussion en tout cas 🙂

  12. philip 4 décembre 2011 at 14:44 #

    L’important c’est de ne pas s’éloigner de son activité, de son objectif, henri l’explique bien (rester clair et lisible pour ses clients, rester dans le même domaine, offrir des services en plus…).

    Bien sur que la solution investisseurs est la plus efficace, maintenant en early stage ces derniers reçoivent des milliers de dossiers pour quelques dizaines de projets financés seulement. A moins d’un projet mûr, sur des rails et qui a fait la preuve du concept, ce sont les investisseurs qui mènent la danse.

    C’est pourquoi faire rentrer de l’argent par son activité et rechercher des investisseurs en parallèle me paraît plus prudent. Ainsi l’avenir de votre projet sera entre vos mains.

  13. Rémi 25 mai 2012 at 9:57 #

    Super article! Merci Philip, j’en prends bien note pour le bon développement de mon projet!

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