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Steve 1 – Jobs 0

Maintenant que la tornade médiatique qui a suivi la mort de Steve Jobs est retombée, j’interviens dans le débat en posant la question : a-t-on le droit de critiquer une icône ? En effet, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a eu tellement de louanges que les quelques critiques à son sujet sont passées inaperçues.   

Steve 1

Soyons clair pour démarrer : oui, pour moi, Steve Jobs était un génie doublé d’un redoutable business man. Et j’en retiens comme illustrations : 

  • sa capacité à transformer les idées (souvent celles des autres) en nouveaux produits (iMac, iPhone, iPad…) ou nouveaux services comme iTunes pour la musique. Ce n’est pas donné à tout le monde de combiner ainsi l’art et la science au travers du design.
  • sa vision : Apple a su, sous son inspiration, révolutionner des marchés. Des exemples ? La micro-informatique avec l’Apple II puis le Macintosh, les magasins dédiés à une marque avec ses Apple Store, les applications pour smartphones avec l’App Store. Chapeau, l’artiste !
  • sa liberté et sa capacité à penser autrement, si bien exprimées dans le fameux discours aux étudiants de Stanford en 2005 Stay hungry. Stay foolish. On a tant besoin de rebelles…
  • sa propension, plus méconnue, à aimer qu’on lui résiste, trait de caractère des grosses personnalités qui n’aiment pas les beni-oui-oui.

  

Jobs 0

Dans la série « même un génie a des travers », voici quelques exemples : 

  • son attitude par rapport à ses concurrents, au travers de ces deux extraits du livre de Walter Isaacson : «  J’y passerai le reste de ma vie s’il le faut, et je dépenserai chaque penny des 40 milliards d’Apple pour corriger cela. Je vais détruire Android, parce que c’est un produit volé. » « Bill (Gates) est simplement sans imagination et il n’a jamais rien inventé. Et c’est pour cela que je pense qu’il est plus à l’aise aujourd’hui dans la philanthropie que dans la technologie. Il a juste volé les idées des autres sans aucune honte. »  
  • son comportement au sein d’Apple : « Au-delà de ses violentes rébellions au sein même d’Apple, Steve Jobs vivait aussi de petites rébellions quotidiennes : ne pas mettre de plaque d’immatriculation sur sa voiture, se garer sur les places réservées aux handicapées, etc. « Il hurlait aux réunions : bandes de nuls, vous faites de la merde !. C’était comme ça tout le temps », se souvient Deborah Coleman, l’une des premières gestionnaires de l’équipe Mac. » (Extraits du livre précité)
  • le tout ou rien : « Steve Jobs avait une vision binaire de l’humanité : d’un côté « les éclairés », de l’autre « les demeurés ». « Il était difficile de travailler sous les ordres de Steve, parce qu’il existait une polarité forte entre les dieux et les crétins », raconte Bill Atkinson, l’un des premiers employés d’Apple. 
  • Apple après Steve Jobs ? Au vu de la descente aux enfers de l’entreprise quand il a été viré en 1985, on peut se poser la question de l’avenir d’Apple sans Steve Jobs.
  • Foxconn et Apple : en préparant ce billet, j’ai lu les nombreuses critiques concernant la fabrication en Chine des produits Apple dans des conditions de travail très limites. J’avoue que sur ce sujet complexe, je suis sec et dans ces cas la, je la ferme.

 

En conclusion, ce n’est pas parce qu’on est un chef d’entreprise (un artiste, un acteur, une diva) même génial qu’on a le droit de se comporter comme un caractériel. D’accord on n’est pas là pour être populaire (contrairement aux politiques) mais le respect et la bienveillance vis à vis de ses collaborateurs et autres concurrents doivent être de mise. Maintenant, c’est vrai que ce n’est pas toujours facile quand on réussit comme l’a fait Steve Jobs : en effet les courtisans qui vous tournent autour vous coupent souvent de la réalité de la vie quotidienne. Je l’avoue, ça m’est arrivé à mon petit niveau, mais heureusement, je suis vite revenu sur terre. Au passage, je remercie mes parents (Steve Jobs a été adopté) pour leur apprentissage de la modestie et ma femme Annie qui sait si bien me remettre à ma place. 

Et vous, fans de Business Angel France, je compte sur vous pour critiquer cet article. 

Enfin, en bonus, voici quelques conseils tirés de mon regard sur Steve Jobs et de mon expérience : 

  1. Simplicité : même et surtout si le succès frappe à votre porte, restez modestes et abordables.
  2. Travaillez en équipe dans votre startup : pour vous en convaincre, lisez ceci
  3. Think out of the box. Pour y arriver, pratiquez l’exercice qui consiste à recréer sa boite sur le papier comme je le fais régulièrement avec Juste à temps 
  4. Concurrence : Steve Jobs ou Patrick Hannedouche, on a tous tendance à avoir un concurrent dans le nez. Et ça ne sert qu’à se faire du mal !
  5. Perfectionnisme, stop ! Au risque de m’opposer à Steve Jobs, je suis 100 % d’accord avec Seth Godin qui nous transmet dans Etes-vous indispensable ? Libérez le linchpin qui est en vous… : « Le seul objectif en commençant est de finir et même si le projet n’est pas vraiment terminé, il faut livrer. »

Cordialement. 

Patrick

6 Réponses à Steve 1 – Jobs 0

  1. muller 6 novembre 2011 at 8:58 #

    Sans compter que meme « perfectionniste »…. je connais des antennes qui n’ont pas marché du premier coup ou des batteries qui rament en ce moment 😉

    je ne suis pas sure que Jobs était « perfectionniste » au sens propre du terme. Il était attentif (voire obsédé) par certains détails: dans le design, dans les plans de lancement, dans l’interface utilisateur….ce sont des « détails » que le monde « techno » néglige souvent et qui lui ont permis de faire la différence…

  2. Michel de Guilhermier 6 novembre 2011 at 11:07 #

    Merci Patrick d’ouvrir le débat !

    Steve Jobs était un génie, un visionnaire, un « grand homme », qui aura de facto transformé nombre d’industries de façon marquante et durable – ordinateur, musique, téléphonie, retail, etc – et aura propulsé Apple n°1 mondial en terme de valorisation (pas loin de 400Mds $), et dans les 1ères en terme de chiffre d’affaires (on devrait atteindre 150Mds$ en 2012).

    Une vie exceptionnelle, pour des réalisations exceptionnelles…avec comme moteur une personnalité exceptionnelle :

    Vision, intuition géniale, perfectionnisme mettant toujours la barre très haut, sens aigu du design, pensée large et différente, focus sur l’élégance et la simplicité de la user experience…Et dans le même temps, tout cela s’accompagnait aussi de côtés sombres : caractériel, extrêmement dur et cassant par moment, sentiment de supériorité, incapable de compromis, se croyant exempts des règles du commun des mortels, etc.

    Et dans le même temps, Steve Jobs vivait aussi une vie de famille tranquille, dans une maison relativement simple au vu de sa fortune. L’argent n’était pas son moteur et il ne cherchait pas le paraître ni le qu’en dira t-on. Il vivait pour sa passion, avec intensité.

    Peut-on imaginer des constructions aussi exceptionnelles que celles qu’a bâti Steve Jobs avec une gentille personnalité lisse ?

    Evidemment que non, un homme ayant construit autant de choses au cours de sa (relativement courte) vie ne pouvait qu’avoir une personnalité extrêmement complexe avec de multiples facettes. On peut analyser l’homme et sa vie de nombreuses façons, aucune ne pourra prétendre être complète et capturer l’intégralité. C’est un tout.

    Ami entrepreneur, s’il fallait cependant s’inspirer de la personnalité et la trajectoire de Steve Jobs, j’aurais juste envie de dire :

    Vivez votre vie à fond, avec exigence, avec vos valeurs, inventez et construisez en cassant éventuellement les codes, ceci en respectant les autres.

  3. Sébastien 6 novembre 2011 at 13:34 #

    Merci pour ce billet intéressant qui m’amène nombre de réflexions.

    Pour ma part, la vraie question est peut-on créer une société et la faire devenir une multinationale pérenne sans avoir quelques biais de personnalité ? Ou au contraire, ceci serait-il révélateur d’une façon de se voir et de voir le monde, d’une force de caractère, certes un peu atypique, mais nécessaire pour valider et assumer une telle ambition ? Pour réussir un telle réussite ?
    Par ailleurs, Jobs se considérait avant tout comme un artiste. Et les plus grand artistes reconnus n’ont-ils pas presque tous une personnalité décalée, voir dérangeante ? De même, en creusant un peu les biographies des plus grands dirigeants, actuels ou passés, on observe souvent un comportement pour le moins quelque peu caractériel.
    Je me trompe peut-être et je suis curieux d’avoir l’avis d’autres personnes.

    D’autre part, je lis justement la biographie réalisée par Walter Isaacson. Vraiment très fournie et facile à lire, elle permet d’en apprendre beaucoup sur la vie de Jobs, son caractère, sa forte volonté et sa manière particulière de manager. Mais on y voit aussi une sensibilité, une soif d’apprendre d’autrui, et même des regrets sur certains de ses actes passés. Après tout, ce n’était qu’un homme. Et rien que pour ça, je respecte et j’admire ce qu’a été sa vie et l’enseignement (à observer avec un esprit critique) qu’il nous laisse.

    Cordialement,
    Sébastien

  4. mathieu 9 novembre 2011 at 22:35 #

    a-t-on le droit de critiquer une icône ? ABSOLUMENT

    Je trouve incroyable de critiquer les autres marques et surtout Android.
    Android et un OS vraiment complet et sans restriction contrairement a Apple.

    Je vais détruire Android, parce que c’est un produit volé ?

    Steeve jobs est le premier des voleurs pour information il a été le premier a recopier sur Bill gates concernant le tout 1er windows

    Bill (Gates) est simplement sans imagination et il n’a jamais rien inventé ?

    Bill gates a invente le tout 1er OS prénomer Windows 1.0 en 1985

    Alors oui Steeve jobs est un visionnaire mes le vrai fondateur d’apple et Steve Wozniak et j’espère que la politique apple changera

  5. Sébastien 10 novembre 2011 at 14:21 #

    Sans vouloir polémiquer et sans être pro-Apple, Mathieu, vous devriez vérifier vos sources…

    Je suis d’accord avec vous sur le fait de pouvoir critiquer une icône, c’est évident et je dirais même nécessaire : c’est ce qui permet de faire avancer/évoluer les choses et le monde. Et remettant toujours en question l’existant.

    Par contre, en ce qui concerne la paternité de l’interface graphique au sein d’un système d’exploitation, sachez que le précurseur est Xerox, avec le Star 8010 en 1981, dédié aux entreprises.
    L’équipe de Jobs ayant eu accès fin 1979 au Xerox Parc, ils ont pu trouver nombre de technologie non exploitées (en particulier la souris et l’interface graphique) et s’en inspirer, avec l’accord des dirigeants de Xerox.
    C’est ainsi qu’en 1983 sorti Lisa, le premier ordinateur personnel disposant d’un système d’exploitation avec interface graphique et souris.
    A cette époque, Microsoft ne proposait que de la ligne de commande austère avec DOS.
    Il faudra attendre juin 1985, et après la sortie du Macintosh (2nd ordinateur personnel avec interface graphique) pour que Gates comble son retard. Microsoft n’aurait certainement pas lancé Windows 1.0 si tôt si l’interface graphique proposée par Apple deux ans plus tôt n’avait provoqué un tel enthousiasme.

    Par ailleurs, sans Jobs, Wozniak n’aurait jamais pu diffuser ses inventions. Wozniak était le génie techno, c’est vrai, mais Jobs a été celui qui a permis la démocratisation de ces technologies informatiques auprès du plus grand nombre. L’un sans l’autre, ils n’auraient pu réussir un tel succès en créant une société.

    Cordialement,
    Sébastien

  6. mathieu 10 novembre 2011 at 21:14 #

    Vous avez tout a fait raison Sébastien.Je vous invite a regarder cette video:

    https://www.youtube.com/watch?v=0sYxwyG2Rn0

    Cdlt Mathieu

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